Les monstres sacrés de l’Orient: Chahrazade : une voix des Mille et Une Nuits


• L’empreinte d’Oum Kalthoum, la sensibilité des grands artistes
Durant plus de quarante ans, la voix tendre et profonde de Chahrazade a accompagné les mélomanes arabes, berçant leur âme et leurs passions les plus douces.



Ya nassini, musique de Ryadh Essombati, reste dans les consciences comme un fleuve de tendresse perdue, de  chagrin plaintif. Cette chanson résiste au temps et rappelle combien cette dame a été une mine intarissable de chant et de tarab enivrant, sans qu’elle ait été au bout du compte suffisamment médiatisée ou récompensée.

L’influence de la diva

L’influence marquante du chant de la diva Oum Kalthoum sur Chahrazade n’échappe pas aux oreilles fines des mélomanes avertis. Tout comme, du reste, sur un autre monument de la musique arabe, Souad Mohamed. Les raisons de cette influence profonde sont, en effet, multiples.
Chahrazade a appris le chant à l’école de la diva. Celle-ci a été en vérité la source d’inspiration et l’un des catalyseurs qui firent aimer la musique à Chahrazade lorsqu’elle suivait ses galas mensuels au Théâtre des jardins Al Azbakïa.
L’astre de l’Orient interprétait alors Ghaliht assalah fi rouhi, Ya toul adhabi, El awila fel gharem et Jaddidti hobek lih.
On allait découvrir cette passion sincère pour la diva quand la jeune cantatrice participe à la fête d’anniversaire du réalisateur Zéki Touleymat.  Ce dernier resta sous le charme. Il préparait alors l’opérette El Ichra ettaïba  au Théâtre de l’opéra, le chef-d’œuvre de l’artiste du peuple, Sayed Dérouiche. Il décida du coup de confier le premier rôle féminin à cette superbe voix,  Chahrazade.
Mais elle devait auparavant passer devant la sévère oreille du jury. Elle y alla accompagnée de son frère, le compositeur Chafik Essayed.
Elle fredonna devant le jury constitué autour de Zéki Touleymat quelques airs appris en écoutant les disques qu’aimait  conserver son père : Ana hawit, Ana  achikt, Metaa chababek et Wallah testahel ya qalbi de Sayed Dérouiche… Elle reprit aussi Ya toul adhabi d’Oum Kalthoum et Yama arak enassim de Leïla Mourad.

La grande révélation

C’était la réussite totale, Chahrazade interpréta  le premier rôle dans l’opérette El Ichra ettaïba de Sayed Derouiche mise en scène par Zaki Touleymat. A ses côtés jouaient et chantaient Karem Mahmoud, Houssine Ryadh, Foued Chafik, Ihssen Charif et Chafik Noureddine.
Elle signe dans la foulée un contrat pour la troupe du théâtre musical.
Entre fin des années 40 et fin des années 50, elle jouera le premier rôle dans sept opéras dont El Barrouka, Shéhérazade et El Ichra ettaïba, musique de Sayed Dérouiche. Lila men alf lila wa lila, musique d’Ahmed Sedki, Yal lil ya aïn musique de Abdelhalim Nouira.
Le succès d’El Ichara Ettaïba attirera l’intérêt des critiques et de la radio pour cette jeune fille pleine d’allant et de fraîcheur.
Ali Khalil, le directeur de la radio égyptienne, en fera une des vedettes de la chanson qui passeront en direct sur les ondes de la station.

Ryadh Essombati, l’aile protectrice

Sa première chanson sera composée par Ryadh Essombati Awel ma jit fil miad.
C’est un musicien qui joue du violoncelle dans l’orchestre d’Oum Kalthoum, Mahmoud Ramzi, qui sera par la suite son mari. Il fera connaître ensuite Essombati à Chahrazade.
A l’Institut de la musique arabe, celle qui fredonna avec naturel Ahibbi ismak complètera sa formation musicale.
Et c’est le célèbre joueur de cithare dans la troupe d’Oum Kalthoum, Mohamed Abdou Salah, qui lui apprendra les perles du chant arabe dans son patrimoine le plus précieux.
Son mari, Mahmoud Ramzi, lui composa Achoufek bi khir ya habibi et Farhat misr.
Elle consolidera son apprentissage des mains d’un autre joueur de violoncelle, l’Italien Brunetti qui exerçait dans la troupe de l’Opéra.
Essombati prend sous son aile cette artiste qui acquiert de l’envergure : après Awel ma jit fel miad, il lui composa Iddini miaad et Khalli balek minni, alors que Mohamed Fawzi lui composa son petit joyau Baâdine haqoulek.
Le musicien Ahmed Sedky prendra part au succès de cette belle voix.
Kamel Ettaouil, le rénovateur de la musique arabe, lui composa Lek liwahdak, ou encore Mohamed El Mougui, avec Enti hlawit…kétir kétir et Abdelhalim Mohamed, avec  Adi eddonia, chaï gamil.
Baligh Hamdi rendra le chant de Chahrazade encore plus populaire, grâce notamment à  Assel wou soukar, Helmy Bakr et Mohamed Soltane prendront le relais dans un genre plus «actuel».
Le genre «soprano dramatique», caractéristique du timbre de la voix de Chahrazade, se perd. Il y a plus d’un demi-siècle, le poète Bayram Ettounsi lança sa fameuse formule : «Eh, chanteurs de tous bords, nos têtes souffrent…
De grâce, une minute de silence!». Cela s’applique parfaitement à notre époque où Chahrazade s’est tue, laissant aux mélomanes le souvenir d’une sensibilité à fleur de peau lorsqu’elle fredonnait Ana el fajr, ou enta rabiou (Je suis l’aube et tu es son printemps, je suis l’amour, comment oses-tu le brader).
Les moins jeunes ont encore le souvenir d’un gala mémorable présenté à la fin des années 60 par Chahrazade au Palais des sports d’El Menzah.
Un pur moment d’émerveillement.
Tahar MELLIGI

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

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Posté le lundi 17 août 2009 dans Culture



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