Ahmed Madhar : remarquable chevalier du cinéma


Considéré comme un des symboles du cinéma arabe et une de ses figures de proue, Ahmed Madhar, le chevalier du grand écran, a marqué de son empreinte le 7e art pour lequel il a tout sacrifié.



Né en 1917 au Caire dans une grande famille, il rejoint en 1936 l’académie militaire d’où il sortira pour rejoindre aussitôt le régiment de la cavalerie. A l’académie, il eut pour copains et collègues Gamal Abdenasser, Anouar Sadate, Abdelhakim Ameur, le grand écrivain Youssef Sébaï, le cinéaste Ezzeddine Dulfikar et le parolier Abdelmonem Sébaï qui a écrit la célèbre chanson d’Oum Kalthoum Arouh Limine. Soit des personnalités qui allaient marquer de manière profonde son existence et son parcours.

Son premier film

C’est en 1950 qu’Ahmed Madhar inaugura son idylle avec le cinéma. Le réalisateur Brahim Ezzeddine l’a choisi pour incarner dans le long métrage Dhouhour El Islam (l’avènement de l’Islam) le personnage de Amrou Ibn Hichem dit Abou Jahl.
Malgré un succès encourageant, les projecteurs du 7e art n’eurent pas cet effet d’envoûtement que pouvait exercer le cinéma sur le jeune acteur et il réintégra l’armée. En 1956, son ami de l’académie, le commandant d’artillerie Ezzeddine Dulfikar, l’engagea dans le chef-d’œuvre de Youssef Sébaï, autre copain d’études. Rodda qalbi (Restitue-moi mon cœur) où il devait jouer le rôle de «Prince Alaâ Chawket».
La critique salua sur le coup le talent de cet «acteur- né» qui n’avait appris ce métier ni dans une école ni dans un institut, et qui était capable malgré tout de donner une profondeur insoupçonnée au personnage d’un prince violent et égoïste. Et c’est un peu en raison des éloges qui le couvrirent après ce premier rôle majeur qu’Ahmed Madhar abandonna sa carrière militaire. Le brillant élève de l’académie présenta sa démission pour se consacrer entièrement au cinéma.

Des prix pour l’accrocher

C’est ainsi qu’en 1957, on le vit prendre part à une série de films dont nous citerons Port Saïd,  Tarik El Amel (le chemin de l’espoir) et Rehla gharamya (une randonné amoureuse).
En 1958, son heure devait sonner puisqu’on lui confiait, enfin!, pour la première fois — le premier rôle dans un film. En effet,Sayed Béchir l’a choisi pour incarner le rôle de Mejdi, un jeune homme riche mais handicapé, dans le film Azzaoujatou al adhra (l’épouse vierge). Il avait à ses côtés rien moins que Faten Hamama, Imed Hamdi et Zouzou Madhi. Madhar obtient, à l’occasion, le Prix d’Etat  pour son rôle dans ce film réussi. Voilà donc une raison supplémentaire pour aller de l’avant et faire son chemin dans le domaine cinématographique.
L’année 1958 sera ainsi prolixe avec beaucoup de titres dont nous citerons Hatta naltaqi (jusqu’à notre prochain rendez-vous), Attarik al masdoud (l’impasse), Jamila Bouhired où il incarne le rôle d’un guerrier du front. Ce rôle va lui valoir un nouveau prix.

Le tournant

Pourtant, le grand tournant dans la carrière du jeune acteur va se produire dans le long métrage Doua el karawane (1959) inspiré d’une œuvre du doyen de la littérature arabe Taha Husseïn et réalisé par Barakat. Il avait à ses côtés Faten Hamama, Amina Rezk, Zahret El Ola, Mimi Chakib et Ragaa Jeddaoui. Ahmed Madhar y excelle dans le rôle d’un ingénieur coureur de jupons, une sorte de Don Juan. Cette interprétation lui vaudra un troisième prix depuis le début de sa brillante carrière.
Sur sa lancée, Ahmed Madhar bénéficiera du crédit de la critique et de l’estime de l’univers des arts égyptien et arabe, les propositions vont pleuvoir, mais Madhar n’en choisira que celles qui répondent le mieux à ses aspirations et à son «feeling».
C’est ainsi qu’il sera le héros, sinon l’un des principaux personnages dans des dizaines de films réussis, parmi lesquels nous retiendrons : Amalikatou el bihar (Les géants de la mer), Laouâtou el hob (Chagrin d’amour), Anadhara al sawda (Les lunettes noires), Al Naceur Salah Eddine, Al ayadi anaïma (Les mains tendres), Leïlet Ezafef (Nuit de noces), Alaïla el akhira (La dernière nuit), Lan aataref (Je n’avouerai pas),  Al Qahira 30 (Le Caire 30) et Nadia.

Reconversion à la télévision

A la fin des années 70, poussé par un mouvement général, une sorte de mode incontournable, Ahmed Madhar attaque le domaine de la télévision, où il participera dans plusieurs productions : Ala hamech essaïra (sur les pas de la geste), Mohamed Rassoul Allah (Mohamed, Prophète de Dieu) et bien d’autres séries TV engagées et enrichissantes.
Elégant, d’une prestance remarquable, regard de feu et de cendre, un accent clair et franc, Ahmed Madhar a trouvé dans tous ces atouts autant d’armes pour convaincre les sceptiques: oui, quelqu’un qui n’a pas fait d’institut des arts dramatiques ou qui n’était pas passé par le théâtre peut bel et bien réussir une carrière cinématographique. C’est une question de don, de présence, d’aura et de confiance.
Ahmed Madhar a fait des émules, beaucoup de jeunes comédiens cherchant à l’imiter dans l’espoir de réussir une carrière aussi brillante.
Cavalier émérite à l’académie militaire, il a su se convertir en chevalier ou en mousquetaire du grand écran au magnétisme incomparable.
Tahar MELLIGI

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

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Posté le dimanche 20 septembre 2009 dans Culture



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