Les Rencontres de la Presse : Avec Imunga Ivanga, réalisateur gabonais: «Oui, les paroles s’envolent, mais…»





L’ombre de Liberty rompt totalement de par son thème avec Dolé, votre premier long métrage, détenteur du Tanit d’or des JCC 2000?

Oui, la rupture se situe au niveau du sujet. Mon premier film traitait de la jeunesse. Avec celui-ci, j’ai avancé… J’ai d’autres interrogations et questionnements. Ce qui m’a poussé à évoquer un autre type de sujet.

Justement, pourquoi avoir traité de la liberté d’expression?

Parce que la liberté d’expression et d’opinion ne concerne pas seulement les journalistes mais tout le monde. Qu’elle soit intellectuelle, spirituelle, économique, artistique, la liberté d’expression et d’opinion est indissociable du développement. J’ai un peu voyagé en Afrique, dans certains pays où il existe des tensions très fortes, et j’ai eu le sentiment que, même dans les contrées non déchirées par les guerres et où  régnait la paix, il suffit d’un rien pour que ça éclate. Cette paix est donc très fragile. Et en attirant l’attention sur cette fragilité, je pense que l’on pourrait éviter de tomber dans  toutes ces guerres fratricides. Mon film prêche la non-violence en disant qu’il faut s’écouter, discuter, dialoguer… pour conserver ou bâtir la paix.

Votre film se distingue par une forme circulaire…

Cette circularité est due à ma façon de raconter qui est spécifique à notre culture orale. Car, comment mettre en image une écriture issue de l’oralité? Parce que c’est ce qui apporte une particularité dans le traitement du sujet et contribue aussi aux enjeux de la mise en scène et du propos.

Toutefois, le rythme du film alourdit l’ensemble.
Non…non… Tout ça est dû aux mauvaises conditions de projection de la salle des projections de presse, il y a un problème de vitesse. Mais, s’il y a répétition et circularité dans mon film elles concernent les lieux et non point l’action. Car, dès qu’on retourne à certains lieux déjà montrés, on progresse dans l’histoire.

Finalement, vous n’identifiez pas la voix de la liberté, on ne sait pas à la fin du film qui est cette ombre de la liberté?

Ce n’est pas important de savoir qui est cette voix. L’important c’est ce qu’elle dit. Cela afin que chacun puisse s’approprier la teneur du propos. Nous n’avons pas  besoin d’identifier cette voix même si on croit qu’elle s’est tue. Car, si on matérialisait cette voix en lui donnant un corps, ce serait réducteur et empêcherait  tout dépassement et transcendance.
Cette voix dans le film est au début masculine, puis féminine parce que la femme selon un  de nos mythes a accouché de l’univers. Elle parle d’espoir et de changement en clamant haut et fort, que quelle que soit l’oppression que l’on peut subir, la solution ne peut être qu’en nous : il faut garder espoir, agir et ne pas se résigner. Les Occidentaux disent que  «les paroles s’envolent et que l’écrit reste». Moi je réponds : «Oui. Elles s’envolent mais finissent toujours dans l’oreille de quelqu’un… et que par conséquent elles ne sont pas perdues».

Espérez-vous encore un tanit, 6 ans après Dolé?

Je pense que tous les réalisateurs en compétition espèrent rafler un tanit, mais au-delà, les JCC sont d’abord une rencontre, donc une aventure humaine propice au partage et à l’échange.  C’est édifiant de savoir ce qu’on fait en Algérie, au Maroc, au Liban, en Palestine dans le domaine du cinéma. Je suis stupéfait de voir que, malgré tout ce qui se passe en Palestine occupée, Rashid Maâcharoui puisse travailler et filmer.
Propos recueillis par Samira DAMI

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

Tags: liberté, qu’elle, c’est, propos, elles, parce, d’expression, presse, tanit, sujet, s’envolent, tunisie

Posté le vendredi 14 août 2009 dans Culture



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